Qui sont les Copiaus ?

Une troupe née par accident, une troupe au village, qui se fait adopter en se faisant l’ambassadrice de récits et de traditions liées aux vins de Bourgogne.

Une troupe qui se rassemble autour du projet novateur de Jacques Copeau, explorant de nouvelles manières de pratiquer son art, mêlant le théâtre, la musique, le jeu masqué, la pantomime dans des créations nourries des gestes et des récits des habitants. Une troupe qui s’inspire de traditions populaires comme la Commedia dell’arte et y insuffle une énergie nouvelle pour raconter le temps présent. Une troupe nomade qui se produit dans les villages alentours, sur les places, dans les arrière-salles des auberges, avant d’élargir progressivement son rayonnement et d’investir les théâtres de nombreuses villes, en France puis à l’étranger.

Une troupe dont la courte existence – cinq ans ! – est inversement proportionnelle à son importance dans l’histoire du théâtre : elle a irrigué depuis un siècle la grande histoire de la décentralisation dramatique, fait naitre des aventures artistiques aux quatre coins du pays, mais aussi en Suisse, au Royaume-Uni et ailleurs, jetant les bases d’un renouvellement profond des pratiques.

Une troupe éphémère mais fondatrice

1924

Une communauté théâtrale d’une trentaine de personnes suit Jacques Copeau au Château de Morteuil, entre Merceuil et Demigny. Ce sont des élèves de l’école du Vieux-Colombier, quelques membres de sa troupe, des collaborateurs fidèles. Au bout de quelques mois, faute de moyens et de conditions décentes, Jacques Copeau renvoie tout le monde chez soi.

Quelques membres du groupe décident de rester en Bourgogne pour y gagner leur vie en faisant des spectacles. Les habitants les nomment les Copiaus.

Michel Saint-Denis, Suzanne Bing, Jean Dasté dans L'illusion, Pernand-Vergelesses, 1926
1925

Jacques Copeau et sa famille emménagent à Pernand-Vergelesses. Les Copiaus les suivent et s’installent chez l’habitant, entre Pernand et Aloxe-Corton. Ils transforment un grand magasin de stockage, qu’ils appellent la Cuverie, en salle de répétition. Là, ils s’entraînent, répètent, fabriquent, travaillent dur.

Ils sont un noyau fidèle, gonflé régulièrement par des compagnon·nes de passage : Suzanne Bing, Michel Saint-Denis, Marie-Hélène Copeau, Aman Maistre, Marie-Madeleine Gautier, Jean Villard-Gilles, Marguerite Cavadaski, Jean dasté, Gilles Margaritis.

Pour gagner leur vie, ils travaillent ponctuellement dans les vignes ou le cassis et nouent des liens forts avec le village. Ils jouent des spectacles alternant classiques adaptés par Copeau et créations collectives inspirées par le folklore bourguignon, nées de collectes de récits et d’improvisations : Célébration de la vigne et du vin, les Jeunes gens et l’araignée, Danse de la ville et des champs.

Ils jouent dans des fêtes vigneronnes, sur des places de marché, d’abord dans les villages alentours puis dans des tournées qui les mènent jusqu’en Suisse, en Belgique, en Italie et en Angleterre.

1929

Copeau met fin à l’aventure des Copiaus.

Les Copiaus après les Copiaus

Départ des Copiaus en tournée, 1925. Archives BnF

En 1931, deux ans après la séparation de la troupe bourguignonne, les Copiaus se retrouvent à Paris pour former la Compagnie des Quinze menée par Michel Saint-Denis, le neveu de Copeau. Le dramaturge André Obey fait partie de l’aventure.

Michel Saint-Denis est l’un des acteurs essentiels du renouveau du théâtre britannique : il fonde deux écoles à Londres, le London Theatre Studio à Islington, puis l’école du Old Vic Theatre. Co-directeur de la Royal Shakespeare Company, il dirige les plus grands acteurs du pays dans des mises en scène de référence. Plus tard, il crée l’école nationale d’art dramatique à Montréal et le département d’art dramatique de la Juilliard School à New York. En France, après la Seconde guerre mondiale, il fonde et dirige l’école du Théâtre National de Strasbourg.

Suzanne Bing continue sa carrière de comédienne et traduit avec Jacques Copeau l’œuvre complète de Shakespeare. Elle traduit également les nô japonais Ce que murmure la rivière Sumida et Kagekyo le Furibond, pour les mises en scène de Marie-Hélène Dasté.

Marie-Hélène Dasté, la fille ainée de Copeau, mène une double carrière de comédienne - jouant dans plus d’une quarantaine de pièces et dans une vingtaine de films - et de costumière. Elle collabore sous ces deux casquettes avec la compagnie Renaud-Barrault pendant trente ans. Elle met également en scène deux nôs japonais traduit par Suzanne Bing à la Comédie de Saint-Étienne.

Jean Dasté, son époux, fonde en 1947 le Centre dramatique de la cité des Mineurs qui deviendra la Comédie de Saint-Etienne. Il est une figure majeure de la décentralisation théâtrale.

Jean Villard-Gilles et Aman Maistre fondent le duo Gilles et Julien qui se produit dans des cafés-concerts et révolutionne le tour de chant.
Gilles Margaritis crée la Piste aux étoiles, une émission qui fera découvrir le cirque aux téléspectateurs français.
Etienne Decroux se consacre à l’art du mouvement et sera le maître du mime Marceau…