Jacques Copeau et la refondation du théâtre

Jacques Copeau est une figure essentielle de l’histoire du théâtre. Son entreprise de refondation bouscule l’art de la mise en scène, le jeu de l’acteur, la pédagogie, le répertoire. Son esthétique du tréteau nu, machine de guerre contre le naturalisme, sa dénonciation de l’argent roi et du cabotinage, l’importance qu’il donne à la troupe, ses recherches pour inventer une commedia dell’arte de notre temps lui inspirent des écrits visionnaires et des pratiques nouvelles. L’aventure qu'il a menée en Bourgogne fut un laboratoire de la décentralisation théâtrale d’une actualité intacte.

Les débuts

1879

Jacques Copeau naît à Paris

1903

Jacques Copeau travaille pendant deux ans à la galerie Georges Petit et collabore comme  critique dramatique à de nombreuses revues. Il noue des amitiés avec André Gide, Henri Ghéon, Jean Schlumberger et Andre Ruyters avec lesquels il fonde la Nouvelle Revue Française (NRF) en 1908.

1911

Il adapte pour le théâtre les Frères Karamazov, de Dostoievski et rencontre Charles Dullin et Louis Jouvet, qui s’embarqueront avec lui dans l’aventure du Vieux-Colombier.

Le Théâtre du Vieux-Colombier

1913

Pour réformer un art qu’il juge dénaturé, Copeau fonde le théâtre du Vieux-Colombier à Paris. Il y jette avec sa troupe les bases d’un art dramatique nouveau, fait redécouvrir les classiques tout en appelant à la naissance d’un répertoire exigeant. L’élan est brisé par la guerre de 1914–1918. Copeau, démobilisé, rencontre des figures qui partagent son exigence de renouveau et vont nourrir ses recherches, comme Adolphe Appia, Edward Gordon-Craig ou Émile Jacque-Dalcroze.

Appel, 1913
1917

Jacques Copeau, sa troupe et le Vieux-Colombier s’installent à New York pendant deux ans.

1920

Le Vieux-Colombier réouvre à Paris avec un dispositif scénique fixe conçu par Louis Jouvet. Persuadé que la renaissance du théâtre passe par la formation d'acteurs nouveaux, Copeau fonde l’école du Vieux-Colombier avec Suzanne Bing, comédienne de la troupe. L’écrivain Jules Romains en est le premier directeur.

L’aventure bourguignonne

Michel Saint-Denis, Suzanne Bing, Jean Dasté dans L'Illusion, Pernand-Vergelesses, 1926
1924

Jacques Copeau ferme le Théâtre du Vieux-Colombier. Il quitte Paris pour la Bourgogne avec sa famille, des élèves de l’école et quelques membres de de sa troupe. Ils s’installent pour former une « communauté théâtrale » à Demigny, au château de Morteuil.

1925

Faute d’argent, Copeau dissout sa communauté théâtrale mais quelques-uns des élèves-comédiens décident de rester pour poursuivre le travail. C’est l’acte de naissance des Copiaus. En fin d’année, Copeau s'installe avec sa famille à Pernand-Vergelesses dans une maison qu’il vient d’acheter. Les Copiaus se logent chez les habitants du village.

1929

Copeau met fin à l’aventure des Copiaus, qui renaîtra de ses cendres sous différentes formes.

Départ des Copiaus en tournée, 1925. Archives BnF

La Comédie-Française et l’Italie

1929

Copeau fait campagne sans succès pour la direction de la Comédie-Française.

1933

Dans le cadre du Festival Maggio Fiorentino, Copeau met en scène à Florence le Mystère de Santa Uliva dans le cloître de Santa Croce ; en 1934, ce sera Savonarole, sur la place de la Seigneurerie

1936

Copeau retrouve Dullin, Jouvet et Baty dans un comité de metteurs en scène autour du nouvel administrateur de la Comédie-Française nommé par le Front Populaire, Edouard Bourdet.

1940

Copeau remplace provisoirement Bourdet, renversé par une voiture, et finit par prendre sa place, entrainant la démission de Dullin, Jouvet et Baty. Les Allemands exigent et obtiennent le départ des comédiens juifs qui démissionnent de la troupe pour permettre la réouverture du théâtre.

1941

Alors qu’il vient d’être confirmé à son poste par le régime de Vichy, Copeau est démis de ses fonctions par les Allemands.

Retour en Bourgogne

Jacques Copeau à son bureau, photographie de Jean Roubier, BHVP
1941

Copeau retrouve définitivement la maison de Pernand-Vergelesses. Il a le projet de rassembler sous le nom de Registres ses écrits sur le théâtre mais la maladie l’en empêche.

1942

Il anime avec le compositeur Pierre Schaeffer un stage d’exploration du théâtre radiophonique, à Beaune.

1943

Copeau adapte un mystère médiéval avec André Barsacq, le Miracle du pain doré, dans la cour des Hospices de Beaune pour le 500e anniversaire de la fondation de l’Hôtel-Dieu. C’est son dernier spectacle.

1949

Copeau meurt à l’hôpital des Hospices de Beaune.